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Tuesday, 28 April 2020 08:20

Le Henné ou Hanna-t- la’aroussa

Le henné est un moment qui donne sens à toutes les fêtes, un rite de passage, que ce soit du mariage ou de la circoncision.
Al-hanna, est un produit fétiche des cérémonies et des fêtes. On ne sait pas d’où vient ce terme qui s’appelle ainsi dans plusieurs langues, peut-être parce qu’aucun autre ne lui convient. A l’origine, le mot « hanna/hanan (affection) » est hébreu, il veut dire chercher ou trouver la grâce de Dieu. Il est converti à tamazight, à l’arabe, au français et à d’autres langues.
Le henné est une plante ancestrale qu’on trouve sous l’appellation scientifique de « lawsonia inermis ». Autrefois, on l’achetait en feuilles, pour une préparation maison. Mais aujourd’hui, il est vendu moulu en boite, il faut juste rajouter de l’eau chaude ou un autre produit liquide. Al- hanna al-war’quia est encore en vente chez certains marchands de produits du terroir, mais les personnes qui savent la préparer sont de plus en plus rares.
Le henné est utilisé pour ses vertus esthétiques et thérapeutiques, pour les bébés et les enfants, les hommes, les femmes et les personnes âgées. Il colore les paumes des mains, les pieds, et teinte les cheveux. Il est utilisé pour les fêtes sacrées et les fêtes sociales, on l’applique aux animaux domestiques aussi, lors des grandes cérémonies, comme le mouton de Aid Lakbir.
Le henné, on l’attend. Les jours de l’Aid, les enfants attendent avec impatience le moment de se colorer les mains et le dos du mouton. Les jours de mariage, on l’attend aussi pour faire baisser la pression, réduire les bruits et marquer le moment décisif du rite de passage. Un enseignement pour le garçon et pour la vie qui marque le passage vers la vie conjugale.
Dans une zaouia, on offre du henné avec des bougies. Et pour toutes célébrations diverses et variées, le henné est présent, pour marquer la sacralité d’un événement à un moment donné.
Son application pour la mariée relève de la magie, le moment irréversible, qui tranche avec le reste de la fête bruyant et peuplé. Pour la cérémonie du henné, les gens se taisent, retiennent leur souffle, font taire les enfants. Un silence religieux. La doyenne (le doyen pour le garçon) ou la proche parente avance majestueusement. Le henné du marié est suivi par les femmes à l’étage ou par derrière les fenêtres. Pour le henné de la fille, les hommes sont totalement exclus.
N’est pas doyenne qui veut, elle doit remplir des conditions, la voix d’Opéra en fait partie, puis une bonne mémoire, elle chante a capella, des paroles sans écrit qui vont décrire le passage du célibat à la vie de couple. Les thèmes sont classés : d’abord louanges à Dieu et son prophète, ensuite vanter les familles et exprimer leur joie, les uns de placer leur fille chez les meilleures gens et les autres de recevoir la fille des meilleures gens (nas lahseb wa-n-seb). Et enfin, le moment crucial, qui signe le rite de passage, « tu seras une épouse modèle, tu répondras aux demandes d’une famille qui sera la tienne et d’un mari qui sera le tien. » On clôture en saluant Dieu et son prophète.
Pour l’instant, même si les mariages ont été délocalisés, de la terrasse de l’immeuble à une salle de fêtes, la cérémonie du Henné reste intacte. Mais jusqu’à quand ? Les filles et les mamans de filles, soyez vigilantes. Ne perdez pas ce moment qui vous fait réellement sentir que le mariage est important, c’est une responsabilité, c’est une décision de vie et non un simple contrat d’intérêt ou de norme sociale. Votre mariage doit vous être unique

 
Tuesday, 28 April 2020 08:18

les mythes, les légendes et les contes

Les contes

Pour rester dans les rêves de la petite enfance, voici le conte d'une princesse qui se marie avec un ogre. Pour être accepté en gendre royal, il s’est transformé en un irrésistible bel homme. Il a séduit le père en parlant de ses biens et son château à nul autre pareil, et a séduit la fille avec sa beauté et sa galanterie.

Cette histoire se vit en trois phases :
- Dans un premier temps, avec le beau fiancé, la princesse vit des moments heureux,
- Dans un deuxième temps, après le mariage, elle découvre que c’est un monstre. Son comportement envers elle se transforme, il l’emprisonne dans ce château vu de l’extérieur et un vrai cachot à l’intérieur.
- Dans un troisième temps, le Roi découvre la supercherie et déclare le deuil au royaume. Il réunit toutes les forces vives de la population, promettant une belle récompense à celui qui sauvera sa fille.
Enfin, la solution se présente : la princesse a sept frères, qui ont chacun un pouvoir extraordinaire ou magique. Seule la somme des sept pouvoirs peut venir à bout du monstre et libérer la princesse.

Moralité :
1) la beauté n’est pas toujours ce qu’on voit,
2) il n’y a pas de force imbattable, chacun peut rencontrer plus fort que lui,
3) l’union fait la force, il est plus aisé de travailler en groupe que seul.

Moralité : faites de vos enfants des princes et des princesses et offrez leur ce que vous avez de meilleur : le pouvoir d'aimer, le pouvoir de discerner le bien du mal, et le pouvoir de se mettre au service des autres.

O. Galleze

 

Monday, 27 April 2020 10:06

Légendes

 

Certaines histoires ne sont pas fondatrices, mais elles créent de l’empathie parce qu’elles viennent redresser une situation ou remettre les choses en place. Ce sont des légendes. Autrefois, la différence entre le mythe et la légende était palpable et relevait du genre littéraire, mais elle s’est estompée avec le temps.
Boughandja est un carnaval pour provoquer la pluie. A-t-il quelque chose en commun avec toutes les danses des pluies qui vont du Maroc en Egypte ancienne, aux indiens d’Amérique en passant par les Balkans ? Est-il l’ancêtre des prières musulmanes pour provoquer des pluies lors des longues sécheresses ? Les hommes peuvent avoir des comportements semblables devant des situations identiques, même s’ils ne se sont jamais rencontrés.
Dans le comportement social, vers la fin de l’automne, s’il ne pleut toujours pas, les mamans préparent les enfants à faire la danse de Boughandja. On fabrique un éventail : deux louches forment les bras, une plus grande forme le corps, le dos de la tête maquillé formant le visage (souvent, on habille la louche d’une robe de petite fille). Les enfants du village se rassemblent et font du porte-à-porte en chantant, et quémandent des semoules, des légumes secs, des fruits confits, de l’huile et des gâteries (d’autres histoires de porte-à-porte existent en d’autres événements comme Ayrad de Tlemcen ou tislit n-ba’ama à Adrar).
Une maison du village est désignée pour faire la cuisine et cuir ce qui a été offert. Plusieurs femmes viennent proposer leur aide. Le repas est offert à tous les habitants du village et les passants occasionnels.
D’où vient une telle pratique ? Plusieurs histoires, selon les régions, sont à l’origine de cette scénette. La plus commune et la plus partagée est celle d’un homme qui avait une très jolie fille appelée Ghandja ou Loundja. Tellement jolie qu’il ne l’a jamais laissé sortir à l’extérieur de la maison, par peur du mauvais œil. Un jour que la sécheresse sévissait, sa fille sortit dans la cour. Le ciel, devant sa beauté, se voile et il se mit à pleuvoir.
A partir de là, les villageois supplient le père, à chaque saison de sécheresse, de laisser sa fille sortir pour qu’il pleuve. Devant leurs tracasseries, le vieil homme prend sa fille et disparait dans la nature. Personne n’en a plus jamais entendu parler. Mais à chaque grosse sécheresse, les enfants du village sortent chercher Boughandja, le père de Ghandja, en allant de maison en maison, pour lui demander de laisser sa fille sortir pour faire venir les pluies et nourrir la terre. Dans les maisons, Loundja n’est pas. Mais par compassion, les mamans donnent aux enfants un peu de nourriture.
Cette histoire, de Annaba à Tlemcen, d’Alger à Timimoun, conçue avec des contenus diversifiés, dans des langues différentes, des environnements différents et des traditions différentes, a le même objectif : faire tomber les pluies, mais aussi un accord entre l’humain et les forces invisibles de la nature. Les anciens racontent qu’à chaque sortie, les enfants ne sont pas encore rentrés qu’il se met à pleuvoir.
La beauté de l’histoire est rehaussée par des proverbes, des citations, des poésies et des chansons. Ce qui montre la richesse de chaque région décrite par le poème et les aspects artistiques de sa création orale.

Les images ci-après sont de Rouiba, Adrar et du Maroc.

 

Ouiza Galleze

Sunday, 26 April 2020 09:08

Mythes et mythes fondateurs

Chaque région d'Algérie pullule d'histoires, marquées par la nature de la société, l'environnement, le passé et les aspirations des habitants.

 Le mythe fondateur est un terme qui revient souvent dans le discours sur les ancêtres ou sur l'origine. On parle de mythe fondateur quand le début de la vie en société dans un lieu précis est rehaussé par une histoire qui donne à cet endroit une spiritualité qui le rattache à ses habitants. Comme l'histoire des deux pélerins à El-Hamel, ou Sidi Anderrahman à Alger et Sidi Mhamed à al-Hamma/Belcourt.

La création du monde est entourée de mythes sur les phénomènes naturels, les relations de l'homme à Dieu ou encore le vivre ensemble. La question des mythes fondateurs concerne la cosmogonie, l'origine de l'homme et les récits sur l'origine du monde et de la vie en général. Tout mythe relaté est porté par une tradition orale. Le mythe favorise la parole et l'échange, celui qui ne parle pas s'exprime par la violence. Le mythe instaure harmonie et sagesse là où le chaos fait peur, par la symbolique il remet celui qui raconte sur la voie de l'entente, du débat, du dialogue et de la conciliation. Il essaie aussi de trouver des vérités là où la raison n'arrive pas.

Dans Anthropologie structurale, Claude Levi-Strauss écrit : « Le mythe se définit par un système temporel rapportant des événements passés « avant la création du monde » ou « pendant les premiers âges». Sa valeur intrinsèque provient de ce que ces événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment une structure permanente et deviennent intemporels, se rapportant simultanément au passé, au présent et au futur ». La structure temporelle du mythe est donc à la fois historique et anté-historique.

Il y a des centaines voire des milliers de mythes fondateurs en Algérie. Mais on s'en éloigne souvent par un excès de rationalité ou un abus de radicalité qui qualifient le mythe de charlatanisme, provoquant l'amnésie par rapport à notre histoire.

Voici quelques histoires collectée à Médéa dans le cadre d’une étude sur l'inventaire PCI, réalisée par une équipe de chercheurs du CNRPAH. Ibn Khaldoun dit : « El-Média, a été fondée par Bologhine ibn Ziri, au XIe siècle ». Mais la mythologie raconte que « Médéa est une ville offerte par les anges et protégée par eux. Ils l'ont installé dans l'atlas tellien, si le mal rentre le matin il en ressort le soir. Il ne peut y passer la nuit. »

Quelques histoires qui parlent de l'eau. L'eau est un élément purificateur, beaucoup de choses se passent dans les fontaines et les sources :

-« Ain Dhab » était une source qui un jour a déversé de l'or à la demande d'un homme saint pour aider une population à sortir de la misère.

-« Ain achrab wa-h-rab » était une fontaine sur la route de Hennacha, située dans un bois épais qui impressionne et fait peur. On raconte qu'une ogresse régnait sur les lieux et empêchait les gens de se désaltérer. Par un temps de sécheresse, les gens ont manqué d'eau. Un homme courageux est allé trouver l'ogresse. Après maintes négociations, ils parviennent à un accord. « Je permets, dit-elle, à celui qui a soif de boire, mais nullement de s'asseoir pour se reposer. »

-« Ain La'arayès » était une source porte-bonheur pour les mariées qui espèrent le bonheur et la stabilité conjugale. Toutes les mariées en faisaient la visite pour les souhaits d'avant les noces. Mais cette tradition a disparu depuis que les filles ont fait du hammam une autre tradition de mariage.

-A Sidi Mahjoub, il y avait une source avec un palmier sacré. Sa visite protège contre la malédiction et suspend le sacrilège (tqaf).

Il existe à Médéa un nombre incalculable de sources et de points d'eau. La majorité d'entre elles ont disparu ou ont été détournées de leur mission mythique, même si elles ont encore des rôles thérapeutiques, sinon elles alimentent des besoins à la population.

 
Ouiza Galleze
Saturday, 25 April 2020 17:46

Les outils traditionnels

Mahraz /aghiyaz : pilon : il sert à piler ou broyer les choses, les épices surtout et les ingrédients en petites quantités comme l’ail. Il est fabriqué en métal précieux pouvant survivre à plusieurs générations. On le trouve aussi en bois, il est dans ce cas moins résistant.
Sa grande sœur est « ar-hiwa », « thissirt », la meule, qui sert à broyer le blé, l’orge et tous les agrumes et légumineuses secs.
Qedra/ taqdirt/tachechuyt/le faitout : est un outil spécial, qui est probablement originaire d’Afrique du Nord, puisqu’il sert essentiellement à la sauce du couscous et accompagne le couscoussier. Il sert aussi à la chorba, surement un usage à posteriori. Il est fait de différents métaux, inox, aluminium, cuivre, bronze et aussi en terre cuite (argile). Autrefois les nomades le fabriquaient à partir de lamelles de branches de palmier et de ses feuilles, pour être plus facilement transportable dans le désert, avec un système de cuisson adapté. Mais ce modèle que j’ai vu personnellement chez une femme de In Salah en 2000, a surement disparu.
Kaskas/tasaksut/couscoussier : est un outil fabriqué exclusivement pour la préparation du couscous, même si son utilité s’est avérée profitable à d’autres missions. Il accompagne le faitout et doit dater de la même période. On ne se rend pas compte ou on n’y pense pas trop, mais le couscous constitue à lui seul une révolution dans l’art culinaire. Et cela apparaît à deux niveaux : d’abord la cuisson à la vapeur : qui est un régime alimentaire distingué (qu’on retrouve aussi chez les chinois, qui sont les pères d’une ancestrale tradition). Et la transformation : le fait de prendre un grain de blé, d’orge, de mil ou de sorgo, le moudre et le rouler pour le monter en grain qui cuit à la vapeur sans coller. Al-qedra wal keskas à eux seuls sont une industrie alimentaire.
Dans certaines régions, le terme keskas désigne le couscous.
Djefna/Gues’a/Tavaqit/tarahalit/tarvuyt est le plat qui sert à rouler le couscous. Large, incurvé sur les côtés pour ne pas déborder, c’est une œuvre qui fait preuve d’ergonomie avant son temps. Même si rouler le couscous reste une mission difficile. C’est toute une civilisation.
L’histoire de qedra, keskas et djefna s’inscrit dans la complémentarité. On ne peut imaginer l’un sans l’autre, même si leur usage s’est varié après coup. Elle est ancienne et s’inscrit dans l’histoire de l’art culinaire de l’Afrique du Nord. Des ustensiles de cuisine ont été découverts en Algérie de l’époque de Massinissa, mais beaucoup de couches archéologiques plus anciennes ne demandent qu’à être découverte et les entrailles de la terre ne cesseront jamais de nous surprendre.
Les premiers débris d’un couscoussier à trou découverts en Algérie datent du moyen âge. Le problème est que les premières fabrications étaient en terre, en rafia ou en feuilles de palmier, elles résistent au temps ordinaire mais pas au temps archéologique.
Gherbal : un autre outil réservé au couscous qui sert à équilibrer les grains selon des grosseurs prédéfinies par des trous de tailles variables. Il était entièrement fabriqué avec des produits de la nature animale et végétale, avant d’adopter le métal et le tour en bois travaillé.
On a aussi al-maraq, avoudou, le saucier ou verseur à bec court,
Tabouqalt bouqala, un verseur à bec long, pour servir l’eau à table,
Achmoukh, la cruche qui sert à garder l’eau fraîche,
Akoufi, al-koufi, une jarre murale pour la réserve de grandes quantités de légumes secs,
Tachevrit, petite jarre pour la réserve d’huile
Tnidjra/Abidouh : un faitout plus large et plus commun que al-qedra pour cuire différentes sauces ;
Tadjine/afarah : une plaque aux bords relevés, en terre ou en métal, pour cuire le pain ;
Kanoun : creusé à même le sol pour faire un feu ;
Nafakh : un outil à base de terre pour faire le feu, en remplacement du kanoun adapté aux maisons de ville.

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Ouiza Galleze

Dans les inventaires réalisés dans plusieurs région d’Algérie par des équipes de chercheurs du CNRPAH, certains éléments sont singuliers alors que d’autres traversent l’espace comme ils ont traversé le temps. Le tissage est un savoir-faire commun à tous les habitants d’Afrique du nord, de la Méditerranée et même au delà. Il varie à peine d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre et d’une classe sociale à l’autre. Très ancien, il est encore en usage dans de nombreuses régions, généralement pratiqué par les femmes, dans un métier vertical (à haute lice) ou horizontal (à basse lice).
On fabrique des burnous, des qechabiya, des hayek, des zarbiya. Les outils utilisés, presque tous les mêmes, n’ont que le nom qui change, tantôt en arabe, tantôt en amazighe. Encore que, souvent les appellations sont du amazigh arabisé, et même francisé comme le cardage (aqardache).
La légendaire histoire de Pénélope, femme d’Ulysse roi d’Ithaque, montre bien que le métier à tisser concerne les femmes de toutes les catégories sociales, et n’exclut même pas les reines. On trouve certes des tisserands hommes. Mais ils en font une profession et la partie ritualisée du métier à tisser reste propre à l’espace féminin, car il existe des rites que les hommes ne connaissent pas, qu’ils ne transgressent pas non plus.
Certains villages sont connus et reconnus pour le prestige de leurs tisseuses, c’est le cas de Mas’aad des Ouled Nayel (Djelfa) et les Ath-Hichem de Kabylie. Les femmes, même très affairées, continuent de tisser pour la maison, pour le mariage de leurs filles, pour les hommes de la famille et de plus en plus pour le commerce.
Le tissage est un phénomène de société. L’outil du métier à tisser est un appareil ancestral que se transmettent les femmes de génération en génération. Sa fabrication est un ouvrage lourd, son montage aussi puisqu’il occupe la moitié d’une grande pièce, il est démonté à la fin de chaque ouvrage. Les matériaux de fabrication et la matière première sont liés au climat. Dans les régions à large élevage ovin, c’est la laine de mouton qui est l’élément de base. Dans les régions du Sud à large élevage camelin, c’est plutôt louber (poils de chameau) qui est utilisé. Il reste que louber est un élément très prisé et très cher parce qu’il faut plusieurs chameaux pour parvenir à réaliser une qechabiya. C’est ce qui explique la différence de prix entre le burnous et la kechabiya, me dit Fatima, une tisserande de Boussaâda, et non la main d’œuvre très féminine qui reste à peine évaluée. Pour alléger la dépense et optimiser le commerce, louber est parfois remplacé par de la fibre.
Un bon burnous ne doit pas peser plus de 500gr, et une bonne kechabiya pas plus de 700 gr, disent les connaisseurs. Les fabricants ne connaissent pas la retraite, car ce savoir-faire s’affine avec l’âge, et les tisserands deviennent en fin de vie de vraie école du métier d’art.
Le burnous est une spécialité pointue, d’un art privilégié, il se fabrique en une pièce et la symétrie entre la gauche et la droite, avec la mesure précise de la taille du porteur, sans patron, sans mètre ruban, relève d’une main de maitre. Mais beaucoup se désolent de la disparition des derniers spécialistes en la matière. Il suffit de voir les rues des villes et villages en hiver entièrement peuplés de qechabiya ou encore de manteaux pour tous les âges pour parvenir au constat que le burnous est désormais un matériau de musée. Alors que jusqu’aux années 50/60, les montagnes des hivers enneigés sont toutes peuplées de burnous.
Sur le terrain, même si je n’ai pas fait toutes les wilayas, j’ai rencontré encore quelques spécialistes à Boussaâda, en Kabylie, à Naâma, mais, urgence signalée, il faut qu’une opération de protection soit rapidement mise en œuvre, pour ne pas perdre ce métier de valeur qui est en perte de vitesse, menacé du danger de l’oubli.
Le métier à tisser, c’est aussi les tapis (zarbiya/zraba, au pluriel) qu’on trouve encore au nord et au sud, à l’est et à l’ouest du pays, avec des différences artistiques, alors que la technicité reste fondamentalement la même. Certains modèles utilisent la laine dans sa couleur nature, comme dans le tapis traditionnel de Ghardaïa. Alors qu’à Médèa, la décoration dépasse les formes géographiques de traits, de zigzags et de losanges, pour présenter des fleurs et des arbres, suivant un canevas, semblables aux travaux du point de croix.
Al-zarbiya, de tailles variables pour les murs et les sols, est un objet de décoration alors que le hayek est fonctionnel. Al-hayek, al-bourabah, al-hanbal, al-hawli… sont des noms attribués à presque un même ouvrage. Les différences entre eux sont subtiles, et pas dans le processes de fabrication. Mais ce n’est pas le propos du jour. Qu’il serve de literie ou de décoration, le hayek se retrouve dans plusieurs régions d’Algérie. L’exemple à citer est celui d’ath Hichem, couronné par un salon qui en est à sa 10ème édition. Essentiellement organisé par une écrasante présence féminine, la fête du tapis traditionnel d’Ath Hichem, qui se déroule dans la commune d’Aït Yahia (daïra d’Aïn El Hammam, dans la wilaya de Tizi Ouzou), rappelle chaque année (même si certaines années passent outre) que ce métier doit résister au temps, il doit se renouveler et passer au générations futures.
Pour résister à la modernité, dans un monde où les couettes sont plus chauffantes, plus légères plus pratiques et moins chères, les tisserands et tisserandes ont décidé de varier leur production, optant notamment pour la décoration maison. Les tapis sont réduits dans leurs dimensions pour couvrir des canapés d’une place, agrémentés par des coussins, des descentes de lit et même des nappes à bibelots.
Pour l’instant, ce qui sauve le patrimoine du hayek, de zarbiya et parfois du burnous, c’est encore la femme. Dans plusieurs régions du pays, les trousseaux de mariées comptent plusieurs pièces tissées main. Seul un inventaire global nous donnera une image fiable de ce qui existe encore comme détenteurs de ces métiers d’art dignes de l’orfèvre. Mais pour les garder, ces savoir-faire ont besoin d’une vraie place sur le marché dans l’économie nationale.

Ouiza Galleze

Le palmier fait partie du patrimoine agricole, et pas des moindres, c’est le cœur de la vie oasienne. Plus que l’olivier ou le figuier, le palmier est source de vie dans le désert et tout en lui sert à raccommoder aux difficultés d’un climat rude.
Le palmier, an-nakhla en arabe, tazdayt en amazigh, est un bien des communautés oasiennes dans la quasi-totalité du Sahara algérien, et dans d’autres déserts du monde. Une des créations les plus anciennes, on l’appelle al-âmma (la tante maternelle) parce que Dieu l’aurait créé en même temps qu’Adam pour nourrir la descendance de celui-ci. Une légende raconte : « lorsque Dieu a fait l’homme, il a conservé un peu de cette terre et a fabriqué un palmier. C’est un arbre sacré qui lui servira de nourriture et d’abri ».
Hormis les palmiers décoratifs plantés au nord, c’est à partir de 150 km au sud d’Alger que commencent à apparaître les premiers palmiers, qui deviennent de plus en plus denses au fur et à mesure qu’on se rapproche de la chaleur et du climat sec du Sahara.
Géographiquement, on le trouve sur le ruban des portes du sud au nord de l’Atlas saharien, Saïda, al-Bayedh, Naâma, M’sila…
Ensuite, la zone de grandes potentialités s’étend du sud-est au centre-sud, passant par Biskra, el-Oued, Oued Righ, M’niaa, Ghardaîa, Ouargla, jusqu’à la Saoura dans l’ouest entre Beni-Abbas, Taghit (l’oasis ensorcelante) et Bechar. A ce niveau se trouve la région de Tolga à Biskra, connue pour sa Deglet-Nour. Il y a aussi les plantations de Ghout (fosse, cuvette, entonnoir), à el-Oued. C’est un système unique : on creuse jusqu’à la nappe phréatique, dans cette région riche où l’eau se trouve à quelques mètres à peine. Ainsi, le palmier n’a pas besoin d’être arrosé, il va chercher l’eau avec ses racines. C’est un système ingénieux de patrimoine agricole mondial (SIPAM) à protéger et promouvoir.
Et enfin, vers le grand-sud où le palmier est moyennement présent surtout en signe d’espérance, c’est à Timimoun, Tidikelt, Djanet (oasis mythique), Ihrir (zone humide classée sur la liste RAMSAR), qu’on rencontre des palmeraies significatives et productives.
Le palmier est un patrimoine agricole, mais où le planter selon une géographie spécifique, comment l’arroser, le monter, cueillir ses fruits, fabriquer des ustensiles à base de son tronc et construire des murs et des plafonds avec ses branches… ce sont là des savoir-faire que détiennent encore quelques notables communautés du désert qui veulent bien partager leurs connaissances avec des gens intéressés.
Du palmier, on mange les dattes bien sûr, mais on fabrique aussi de la vaisselle, des meubles et on construit des maisons. La datte se mange crue et cuite, avec un couscous, en confiture, en sirop, en poudre…
Outre son utilité culinaire et domestique, le palmier-dattier est source de spiritualité et alimente une mythologie. En matière médicale, son pollen est un traitement privilégié pour les questions de stérilité et d’impuissance. Le palmier mâle est source de fécondité et les hommes s’arrachent le cœur à la floraison. Cultuellement, il a ses usages : le noyau de la datte est utilisé dans des rituels de sacralité pour protéger contre les forces du mal, le bébé à la naissance, le petit garçon à la circoncision et la jeune fille au mariage. Pour les filles, lors d’un rituel de passage typiquement féminin, les branches leur permettent de choisir leurs élus pour le mariage. Ce qui montre le rôle décisif de la femme dans le choix de son partenaire de vie.
Enfin, la vie du palmier rythme les différentes étapes de l’existence dans le Sahara. La palmeraie est le ciel d’un microclimat qui permet à la vie végétale de s’épanouir. On y découvre un système d’arrosage singulier, les foggaras que j’aborderai plus tard. La vie dedans est ordonnée selon un calendrier spécifique qui règle les événements du quotidien, que détermine le moment de la plantation, la cueillette, la coupe des palmes, l’arrachage des pousses et la recherche d’eau.
Dans le désert, le palmier c’est la vie.

 Ouiza Galleze

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Festivals et colloques

Constantine capitale de la culture arabe

2015

Cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie

2012-2013

Tlemcen Capitale de la Culture Islamique 2011

2011

Festival Panafricain 2009 à Alger

2009

Alger, Capitale de la Culture Arabe 2007

2007

Colloques organisés par le centre

2005-2019

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