1.9 million and 2.4 million-year-old artefacts and stone tool cutmarked bones from Ain Boucherit, Algeria

Note de Presse

 

Découverte d’outils lithiques et de traces de boucherie vieux de 1,9 et de 2,4 millions d’années dans le site archéologique d’Ain Boucherit (Ain Hanech, Guelta Zergua, Sétif) qui va être annoncé dans l’Article Intitulé

“1.9 million and 2.4 million-year-old artefacts and stone tool cutmarked bones from Ain Boucherit, Algeria”

Mohamed Sahnouni, Josep M. Parés, Mathieu Duval, Isabel Cáceres, Zoheir Harichane, Jan van der Made, Alfredo Pérez-González, Salah Abdessadok, Nadia Kandi, Abdelkader Derradji, Mohamed Medig, Kamel Boulaghraif, Sileshi Semaw

Lien direct de l'article 

http://science.sciencemag.org/content/early/2018/11/28/science.aau0008

 

Traduction française du titre de l’article

« Artefacts et ossements portant des traces de découpe datés de 1,9 et de 2,4 millions d’années d’Ain Boucherit, Algérie »

Note préparée par le Professor Mohamed Sahnouni

Premier auteur de l’article et Directeur du Projet de Recherche

Paléoanthropologique d’Ain el Hanech

 Dans le cadre du projet de recherche sur la plus ancienne occupation humaine en Afrique du Nord dirigé par le Professeur Mohamed Sahnouni, des chercheurs du Centre National de Recherches Préhistoriques, Anthropologiques et Historiques (CNRPAH) (Algérie) et du Centro Nacional de Investigación sobre la Evolución Humana (CENIEH) (Espagne), et avec la collaboration des chercheurs de Griffith University (Australie), de l’Institut de Paleoecología Humana et Evolución Social (IPHES) (Espagne), du Museo Nacional de Ciencias Naturales (MNCN) (Espagne), de l’Université de Sétif 2, de l’Université Alger 2 (Algérie) et du Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) (France); des fouilles archéologiques conduites à Ain Boucherit (Ain el Hanech, Guelta Zergua, Sétif), ont permis de découvrir des outils lithiques et des ossements fossiles portant des traces de boucherie, les plus anciens actuellement connus en Afrique du Nord datés de 2,4 millions d’années. Vu son impact global, cette découverte va être annoncée à la communauté scientifique internationale dans un article qui paraitre dans la prestigieuse revue américaine Science le jeudi 29 novembre 2018.

Des restes lithiques et fossiles ont été recueillis dans deux couches archéologiques distinctes à Ain Boucherit affleurant le profond ravin de l’Oued Boucherit, respectivement la couche inférieure (AB-Lw) et la couche supérieure (AB-Up). Les couches archéologiques sont datées respectivement de 2,4 millions d’années et 1,9 millions d’années, par les méthodes de la magnétostratigraphie (paléomagnétisme), de la Résonance Paramagnétique Électronique (RPE) sur quartz blanchi, et de la biochronologie des grands mammifères. Les outils taillés d’Ain Boucherit sont manufacturés en calcaire et en silex. Ils comprennent des galets taillés, des polyèdres, des nucleus, des racloirs et des éclats à bords tranchants utilisés pour le traitement de la viande animale. Le Pr. M. Sahnouni, premier auteur et directeur du projet de recherche, dit :

« Les outils lithiques d'Ain Boucherit, de technologie oldowayenne similaire à celle de Gona (Éthiopie) datées de 2,6 millions d’années, montrent que nos ancêtres se sont aventurés dans tous les coins d'Afrique, pas seulement en Afrique de l'Est. Les preuves d’Ain Boucherit ont changé la perception antérieure selon laquelle l'Afrique de l'Est était le berceau de l'humanité. En réalité, toute l’Afrique est le berceau de l’humanité ».

Les ossements fossiles, associés aux outils lithiques, incluent une variété d’animaux aujourd’hui totalement disparus d’Afrique du Nord tels que le mastodonte, l’éléphant, les équidés, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe, les antilopes, les suidés, l’hyène, le crocodile, etc. Ces animaux vivaient dans un écosystème de type savane relativement ouvert avec des points d’eau permanents comme l’atteste la présence des hippopotames et crocodiles.

Parmi ces ossements, il y a des spécimens qui portent des traces de boucherie induites par les outils taillés. Ils appartiennent principalement à des antilopes et des chevaux. D’autres ossements portent des traces de percussion en forme d'éclats d'impact et des fractures suggérant la consommation de la moelle.

Ain Boucherit est l'un des rares sites archéologiques en Afrique à avoir livré in situ un important échantillon de traces de boucherie associés à des outils taillés, ce qui permet de connaitre avec un haut degré de confiance les comportements d’acquisition de subsistance animale par des hominidés il y a 2,4 millions d’années.

« En effet, l’utilisation efficace d’outils taillés à bord tranchant en forme de couteaux suggèrent que nos ancêtres n’étaient pas de simples charognards. On ne sait pas encore s'ils ont chassé, mais les preuves d’Ain Boucherit montrent sans ambiguïté qu'ils concoururent avec succès les carnivores pour l’acquisition de la viande et qu'ils ont eu même un premier accès aux carcasses animales », conclue le Pr. M. Sahnouni.

L’impact de la découverte d’Ain Boucherit : La découverte d’Ain Boucherit a un impact national et global

1) Impact National :

On savait très peu de choses sur la plus ancienne présence humaine en Algérie et en Afrique du Nord en général avant le projet de recherche international et multidisciplinaire lancé par le Pr. M. Sahnouni. L’âge des objets archéologiques connus auparavant était vaguement estimé ne dépassant pas un demi-million d’années. Deux décennies de recherches sur le terrain et en laboratoire à Ain el Hanech, dirigées par le Pr M. Sahnouni, ont montré que les premiers hommes fabriquaient des outils lithiques en Algérie quasi contemporains des plus anciens connus en Afrique de l’Est et au monde datant de 2,6 millions d’années. Par conséquent, les documents archéologiques d’Ain Boucherit repoussent le début de l’Histoire d’Algérie à 2.4 millions d’années ; et désormais Ain Boucherit est le deuxième site archéologique le plus ancien du monde après celui de Gona en Éthiopie daté de 2,6 millions d’années. Ain Boucherit prouve l’ancienneté du peuplement préhistorique de l’Algérie qui remonte à l’aube de l’Humanité. Il contribue aussi à la connaissance des débuts de l’Histoire de l’Humanité tout entière ; ce qui constitue une fierté nationale.

 

2) Impact global :

 Jusqu'à cette découverte, les preuves archéologiques des plus anciens outils lithiques et les ossements fossiles associés portant des traces de boucherie étaient connues que dans le site préhistorique de Gona (Éthiopie) datant de 2,6 millions d'années. De ce fait, les scientifiques ont longtemps pensé que les premiers hommes et leur culture matérielle étaient originaires du rift est-africain ; et seulement que plus tard ils se sont répandus vers la partie septentrionale du continent africain. Cependant, les preuves d’Ain Boucherit démontrent que la première occupation humaine en Afrique du Nord est beaucoup plus ancienne qu’on ne le pensait à savoir de 2,4 millions d'années quasiment contemporaine de celle d’Afrique Orientale. Ces preuves plaident clairement en faveur d’une origine multiple des débuts de la culture humaine en Afrique du Nord et en Afrique de l’Est.

Considérant l’immense potentiel des sites d’Ain Boucherit ainsi que les bassins sédimentaires adjacents, on peut suggérer que des fossiles des premiers hommes et les témoignages de leur culture matérielle aussi vieux que ceux documentés en Afrique Orientale pourraient être découverts en Algérie.

 « Les recherches futures se concentreront sur les couches miocènes et plio-pléistocènes, à la recherche de fossiles humains et leur culture matérielle encore plus anciens »

 conclu le Pr. M. Sahnouni. 

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